La bataille de la Somme 1916
Le 1er juillet, à l’occasion du centenaire de la première bataille de la Somme, des dirigeants politiques français et britanniques, ainsi que des observateurs d’autres pays, se sont réunis en France. Cette bataille, l’une des plus sanglantes de la Première Guerre mondiale, fut l’incarnation même du massacre de masse connu sous le nom de guerre…
Le 1er juillet, à l’occasion du centenaire de la première bataille de la Somme, des dirigeants politiques français et britanniques, ainsi que des observateurs d’autres pays, se sont réunis en France. Cette bataille, l’une des plus sanglantes de la Première Guerre mondiale, fut l’incarnation même du massacre de masse connu sous le nom de guerre de tranchées, où les grandes puissances européennes sacrifièrent la vie de millions de jeunes hommes dans leur lutte pour la domination du monde colonial. Ce conflit, qui dura quatre ans, fut à juste titre qualifié de « grand massacre ».
L’horreur de la guerre était si insupportable qu’elle a engendré en Russie une révolution sociale qui a terrifié les capitalistes au pouvoir. Aujourd’hui, avec des entités supranationales comme l’Union européenne, les classes dirigeantes tentent peut-être d’empêcher de nouveaux conflits entre impérialistes en Europe. Mais cela ne les a pas empêchées de s’allier et d’utiliser l’OTAN, une euro-militaire sous commandement américain, pour tenter de reconquérir leurs empires perdus, de la Yougoslavie à l’Afghanistan, ni même de risquer une guerre contre la Russie désormais capitaliste.
Les généraux britanniques qui, en 1916, affrontèrent les forces allemandes à la Somme correspondaient parfaitement à la caricature du crétin de la classe dirigeante, dont la stupidité n’avait d’égale que son arrogance. Ils pensaient avoir un plan infaillible : une semaine de pilonnage d’artillerie britannique effréné suffirait à affaiblir les lignes allemandes. Il s’avéra que leur barrage d’artillerie, commencé la dernière semaine de juin, n’avait tué que peu de soldats allemands, mis hors service peu de mitrailleuses et détruit que peu de barbelés.
Ignorant de cet échec, le 1er juillet 1916, les généraux britanniques ordonnèrent de lancer l’offensive prévue contre l’armée allemande. Obéissant à leurs ordres, les troupes britanniques, lourdement équipées, s’avancèrent maladroitement et lentement vers les lignes allemandes. Elles furent fauchées en chemin par les tirs de mitrailleuses allemandes. À la fin de la première journée, 58 000 Britanniques avaient été tués ou blessés. Le front avait avancé de deux kilomètres, soit un peu plus d’un mile.
Les combats se poursuivirent pendant cinq mois. Lorsque la neige y mit fin en novembre 1916, on estimait à 420 000 le nombre de morts et de blessés parmi les Britanniques, 200 000 parmi les Français et 500 000 parmi les Allemands. Soit un total de plus d’un million de victimes. Le front n’avait progressé que de onze kilomètres.
Si la majorité des victimes étaient anglaises, allemandes et françaises continentales, les puissances impérialistes envoyèrent également des troupes des colonies au combat. Parmi les pertes britanniques de la Première Guerre mondiale figuraient des soldats irlandais, indiens, nigérians et même originaires de Terre-Neuve, au Canada, une île peu peuplée ; parmi les pertes françaises, on comptait des Vietnamiens, des Sénégalais et des Algériens ; et parmi les soldats sous commandement allemand, des Tanganyikais, des Rwandais et des Polonais.
Une guerre impérialiste pour les colonies
Les partis au pouvoir dans les démocraties impérialistes européennes, notamment la France et la Grande-Bretagne, ainsi que dans les monarchies allemande, austro-hongroise et russe, entrèrent en guerre en 1914 sans hésitation, voire avec enthousiasme. Les dirigeants de chaque pays étaient persuadés que leur armée remporterait une victoire rapide. La perspective de territoires conquis et de nouvelles colonies les enivrait – comme le démontra plus tard la révolution ouvrière victorieuse en Russie, qui révéla et publia des traités que les dirigeants avaient tenus secrets.
Ce ne furent pas des batailles héroïques que vécurent les troupes, mais l’humidité étouffante, le froid, la faim et l’ennui de la guerre des tranchées, seulement interrompus par le grondement occasionnel de l’artillerie et la crainte d’une mort subite ou, pire encore, d’une mort lente et douloureuse. Outre la misère infligée aux masses européennes, les souffrances intenses des soldats allaient ouvrir la voie à des révolutions d’une ampleur inédite sur le continent eurasien. Au cœur de ces révolutions se trouvaient ces mêmes soldats et marins que les classes dirigeantes avaient armés, entraînés au combat et transformés en guerriers.
En novembre 1918, à la fin de la guerre, de nombreuses rébellions et mutineries avaient éclaté dans la quasi-totalité des forces armées impérialistes. Les classes dirigeantes françaises et britanniques, ainsi que leurs états-majors, parvinrent à réprimer ces soulèvements. Cependant, ces rébellions entraînèrent la chute des monarchies en place en Allemagne et en Autriche-Hongrie, puissances vaincues, et déclenchèrent en Russie une révolution sociale aux conséquences considérables.
Aujourd’hui, les classes dirigeantes européennes et américaines s’emploient à exporter la guerre vers l’ancien monde colonial, tout comme elles exportent le chômage et la famine. Si elles sont si solennelles au sujet de la Somme, ce n’est pas parce qu’elles abhorrent les souffrances des ouvriers et des paysans européens, mais parce qu’elles craignent que ces souffrances n’entraînent une révolution qui renverse leur pouvoir.
